Episode 11 – Matthieu Fabre & Fred Pasqua

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Le temps d’un frisson presque télépathique, nous nous sommes immiscés dans l’univers free du saxophoniste Matthieu Fabre et du batteur Fred Pasqua. Un monde pictural où les fûts de la batterie se transforment en instrument mélodique, où le temps devient élastique et le non joué lourd de sens.

Bonjour Matthieu et Fred, et merci d’avoir répondu à notre appel ! On commence avec le classique « D’où venez-vous ? « 

M : Salut ! Je viens de Paris où j’ai grandi dans une famille assez mélomane : ma mère est prof de piano au conservatoire, mon frère est  musicien et mon père est fan de Cristophe. J’ai eu la chance de rencontrer à 14 ans Eric Shultz, un ancien guitariste venu des Etats-Unis passionné par la musique afro-américaine et l’enseignement. Il m’a appris énormément de choses ! La scène parisienne était un chouette terrain de jeu pour jouer et rencontrer plein de musiciens. Je suis content d’y avoir évolué pendant un moment. 

F : Je m’appelle Fred Pasqua, je vis à Marseille, j’ai commencé la musique par les percussions classiques à l’âge de 8 ans au conservatoire de Salon-de-Provence, puis à 18 ans j’ai appris la batterie chez Nadia et Gilles Touché à Aix-en-Provence. Par la suite, j’ai joué dans de nombreux groupes avec des styles très différents, pour m’orienter finalement vers un jazz plus acoustique. Il y a plus de 15 ans, je suis monté à Paris. J’ai participé à de nombreuses sessions, de nombreux gigs dans les bars à trimbaler ma batterie dans le métro. J’ai participé à de nouveaux groupes, enregistrements et fait de belles rencontres. Puis j’ai enregistré mon disque « Moon River » avec Nelson Veras, Yoni Zelnik et Yoann Loustalot.. En parallèle j’ai toujours gardé une activité musicale dans le sud de la France.

Comment vous êtes-vous rencontrés ? On sent une grande connivence dans votre duo : avez-vous l’habitude de jouer ensemble ?

M : A vrai dire je connaissais l’existence de Fred avant de l’avoir rencontré. J’étais déjà fan de son jeu et on a fait connaissance durant l’été 2019 à Marseille alors que je collaborais souvent avec le guitariste Andrew Sudhibhasilp. On faisait beaucoup d’improvisation à deux et on s’est dit qu’on aurait bien élargi la formation à Fred et Pierre Fenichel. Depuis c’est un musicien avec lequel je me sens très à l’aise et j’aime beaucoup jouer. On se voit souvent ! 

F : On déchiffrait des compos, on jouait des standards. Mais finalement depuis ça n’a pas changé, on se voit régulièrement pour travailler des morceaux, des manières de jouer différentes en duo ou en trio avec Pierre Fénichel à la contrebasse. On pratique aussi en quartet avec le pianiste Vincent Lafont. De toute façon, c’est ce qu’il y a de bien avec cette musique, le travail est perpétuel. Il y a tellement de choses inspirantes.

Votre musique est très libre, ancrée dans l’improvisation et l’écoute mutuelle. Pouvez-vous nous parler un peu de la façon dont vous avez approché le duo d’aujourd’hui ?

M : C’était l’idée de pouvoir partager ces conversations ! L’approche est simple, chacun joue ce qui lui fait plaisir. L’idée c’était d’accueillir ce qui pouvait survenir à cette occasion. Le résultat est un peu différent à chaque fois je pense.

F : Le duo, c’est arrivé un peu par hasard. On s’est retrouvé quelques fois à deux parce que pas de bassiste ou juste pour faire une session comme ça. On y a pris goût, on essaie de creuser les textures, inverser les rôles, jouer l’un contre l’autre. Parfois on arrive à créer des plages de sons sans forcément faire jouer les dynamiques, juste des tapis avec quelques évènements sonores dans le style de Morton Feldman. Mais tout ça reste le plus souvent du free, et on se garde bien de se dire certaines choses avant de jouer. Parfois, on incorpore quelque chose d’écrit. Mais il faut que ce soit fluide. Dans cette formule, se livrer au maximum me paraît être la chose la plus importante. Puis les images, les décors et les paysages arrivent.

Qu’est-ce  qui vous inspire (et qui) ?

M : Ma ville d’adoption m’inspire énormément. Je passe beaucoup de temps à jouer dehors. Je trouve aussi beaucoup d’inspiration dans ma relation amoureuse, c’est un ancrage qui me pousse à chercher la lumière et me donne de la confiance pour continuer. Je pourrais ne pas m’arrêter à écrire des noms sur la question du qui, mais quelques musiciens notamment m’inspirent, quelque part outre le prisme musical !  L’énergie qu’ils/elles ont ressourcée rendent plus facile l’existence et nous donne un sens. J’ai beaucoup de gratitude pour des musiciens contemporains comme Ambrose Akinmusire, mais bien sûr John Coltrane, Thelonious Monk…

F : La musique dans son ensemble. Je n’écoute pas que du jazz même si ça occupe la majorité de mes écoutes. Ce matin par exemple j’écoutais « OFF! Free Lsd » . C’est Justin Brown à la batterie (Ambrose Akimusire, Thundercat). C’est un quartet punk rock avec une batterie diabolique. J’écoute beaucoup le batteur Tyshawn Sorey, et un des derniers disques de Joel Ross en octet « The Parable of the Poet » avec le batteur Craig Weinrib. Il y a aussi le disque du saxophoniste Sam Gendel « blueblue » .

Le format sax/batterie est particulièrement propice à la liberté totale d’improvisation (liberté harmonique, complémentarité naturelle des timbres). Est-ce que votre jeu et votre approche de l’instrument sont différents lorsque vous jouez en duo, par rapport à des formations plus « classiques » ?

M : Je pense que ce format laisse beaucoup de place à la batterie dans ses textures sonores. En tant que saxophoniste et musicien, ces sessions entrent complètement dans ma démarche individuelle. J’ai l’impression qu’on s’incorpore de manière très naturelle.

F : Il y a surtout la notion d’espace. Plus on est, plus on est contraint d’une certaine manière  Je dirais que ça dépend des gens avec qui on joue. Duo, trio, quartet… ça peut être le tunnel parfois. Et puis quand il y a l’écoute, le fait d’essayer d’aller dans la même direction, ça peut être vraiment très bien. Le pire en musique c’est de fonctionner et rester dans son confort de jeu. Rien de tel que de se bousculer et de se faire bousculer. Mais là avec Matthieu c’est du free, pas vraiment de musiques écrites, on peut aller n’importe où. On s’apprécie musicalement donc on essaie toujours d’aller dans une direction qui nous plaît.

Aura-t-on une chance de vous voir bientôt sur scène ensemble, dans ce format duo ou avec votre trio Banyan que vous avez formé avec Pierre Fenichel ?

On joue début mai avec le trio, le 2 ouverture de la jam à l’Intermédiaire et le 4 au Blum sur la Canebière. Pour l’instant rien de prévu pour le duo. Cette vidéo marque la première session publique qu’on fait de cette nature ! Je souhaite qu’on trouve d’autre contextes où partager notre musique !

Un petit mot sur vos actualités personnelles ?

M : Je suis en cours de préparation d’un EP avec mon projet solo KOSMOBOY qui sortira dans l’année.

F : Cette année Il y a un projet d’enregistrement avec le pianiste Laurent Coq en trio avec Yoni Zelnik à la contrebasse. Quelques concerts avec le quartet du bassiste et contrebassiste Basile Mouton « Blacksheep« . Le disque est sorti il y a quelques temps. Sortie de disque fin mars en trio avec mes vieux potes Robin Nicaise (sax tenor) et Pierre Fenichel : « Des Jours Heureux« . On sera le 31 mars au Club 27 à Marseille et le 1er avril à l’Osons Jazz club de Lurs. On a enregistré le disque du trio d’Adrien Sanchez avec le contrebassiste Florent Nisse. Il devrait sortir à l’automne 2023. On bosse pas mal avec Les 4 Vents (Christophe Leloil, Perrine Mansuy, Pierre Fenichel) sur le nouveau répertoire. On devrait enregistrer quelque chose d’ici la fin de l’année. Et j’aimerais faire un autre disque avec mon groupe mais ça c’est une autre histoire…

Les trois disques que vous avez le plus écoutés récemment ?

M :

  • GRIEF – Samora Pinderhughes
  • The 7th Hand – Immanuel Wilkins
  • Don’t Rush The Process – Kaidi Tatham

F :

  • The Parable Of The Poet – Joel Ross
  • blueblue – Sam Gendel
  • Verisimilitude -Tyshawn Sorey
Merci à vous d’être passés à l’Oustalet !
Matthieu
Fred

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