Aujourd’hui sort mon premier album en piano solo. Retour sur l’histoire derrière sa création…
Le 1er mai 2026
Hier, entre 14h37 et 15h35, j’ai enregistré un album.
Ce n’était pas prévu.
C’est arrivé comme ça.
Je devais enregistrer quelques extraits pour faire une petite com’ sur le nouveau piano droit du Studio Escobette.
J’ai joué des pièces improvisées, en laissant tourner l’enregistrement. Une petite heure plus tard, j’ai compris que je n’avais pas envie de trier ce que je venais de jouer, que ces instants formaient un tout.
Alors je me suis assis dans la régie, j’ai enlevé les blancs et les raclements de gorge, le tabouret qui grince, les bruits d’un des micros qui s’était un peu desserré pendant que je jouais.
J’ai laissé toutes les fragilités, les errances.
J’ai réécouté une fois chaque petite pièce improvisée, et je lui ai donné un titre, spontanément, le premier qui me venait en tête.
Aujourd’hui, j’ai fini de le mixer et de le masteriser.
J’ai cherché dans mes dossiers une photo que j’aimais, parce qu’il fallait une pochette. J’ai écrit mon nom et le titre sur les nuages au-dessus d’une montagne en automne, parce que je trouvais ça sympa et joli.
Cet album, c’est le truc le plus spontané et imparfait que j’ai partagé en public depuis longtemps. C’est comme une photo honnête et sans retouches de ce que j’aime jouer pour de vrai, quand je m’assois seul derrière un piano.
Rémi
Liste des pistes et « notes d’improvisation »
1 – Table des matières
Je ne sais pas trop ce qu’il va se passer. Je ferme les yeux, mes doigts tâtonnent une première ébauche de mélodie. Je la triture lentement, plongeant progressivement dans le son doux et enveloppant du piano droit étouffé par les feutres de la sourdine. J’explore petit à petit le clavier, en essayant de garder cette petite idée mélodique en filigrane, cette matière qui est le début de tout ce qui va suivre.
2 – Pluie soleil
J’installe une couleur modale (majeur harmonique et ses dérivés) et essaie d’improviser une mélodie mettant en valeur cette couleur qui résonne comme un paradoxe, un entre-deux. À la première réécoute, mon regard se perd à travers la fenêtre de la régie : il pleut et fait soleil en même temps. Pourquoi choisir ?
3 – Bavardages autocongratulatoires
Un ostinato : de la répétition naît une forme de cohérence, mais comment transformer cela en quelque chose de beau ? Ces quelques notes centrales deviennent mon point de repère, autour duquel je peux me perdre dans les méandres du piano. Beaucoup de discussions, de questions-réponses, d’émotions différentes pour se rassurer d’être bien là.
4 – Est-il encore possible de se perdre ?
Une nouvelle fois, je pars sans savoir où je vais. J’explore avec pour seul guide les quelques instants qui ont précédé. La main gauche devient ce garde fou qui permet à la droite de sinuer librement, de changer d’embranchement sans se soucier d’arriver quelque part. Parfois, les deux mains se rejoignent à un endroit qui vaut le coup d’y faire halte.
5 – Les bras croisés
Nouvel ostinato, cette fois comme une sorte d’obstacle au milieu du clavier dont la main droite devra s’accommoder. Prétexte à un dialogue entre le monde d’en haut et celui d’en bas. Le chant des passereaux dans les arbres qui se mêle au brame du cerf.
6 – Les bras grands ouverts
Je décide d’explorer le clavier, des abysses à son firmament. Librement, chaque accord faisant lentement varier les couleurs des paysages sonores sous-marins, comme la lumière de la surface sculpte le fond des mers.
7 – Jean-Michel Bach
Petite dérive baroque à tendance schizophrène, où je m’adonne à l’exercice autant périlleux qu’aux possibilités infinies d’un contrepoint où chaque main évolue dans une tonalité différente. Parfois, les chemins se rejoignent le temps d’un mode réunissant les notes fortes de chacune des tonalités.
8 – Chansonnette
Retour à l’épure. Un ostinato lent, une petite mélodie rassurante, pour s’endormir sous les étoiles d’une veilleuse.
9 – Regarde, le piano c’est facile
Un « vamp » prétexte à toutes les excentricités, exutoire pianistique, ribambelle d’oiseaux se chamaillant, à la recherche d’une branche libre où se reposer enfin d’un long périple.
10 – Veux-tu être mon Chewbiemouthe (en Bb)
Le passage de l’ombre à la lumière. De la dissonance à la rassurante consonance d’une tonalité hospitalière. Clusters de notes s’effilochant en une fin heureuse.

